En mars de cette année (2026), Infirmiers de rue a acheté un immeuble de bureaux à Anderlecht. Le bâtiment doit encore être rénové, mais les bureaux d'Infirmiers de rue y emménageront progressivement au cours de l'année 2027. Infirmiers de rue n'est pas propriétaire à part entière du bâtiment, mais en est copropriétaire.
Depuis le 20 avril, le bâtiment est toutefois occupé par le Collectif des habitants des Cendres, qui représente un groupe de 30 personnes – hommes, femmes et enfants – sans papier.
Depuis lors, Infirmiers de rue et le Collectif sont en dialogue, avec l’accompagnement de BrussHelp, afin de parvenir à un accord qui préserve les intérêts de et tient compte des responsabilités incombant à l’organisation tout en permettant un logement digne pour les personnes concernées.
Parallèlement à ces discussions, Infirmiers de rue a également engagé des démarches juridiques, ceci afin de préserver la responsabilité de ses administrateurs et des copropriétaires.
Vendredi 19 juin, le Collectif a publié un communiqué à ce sujet, dans lequel il exprime son indignation face à la position d'Infirmiers de rue.
À la suite de cette publication, Infirmiers de rue souhaite clarifier ci-dessous son point de vue sur la situation.
Contrairement à ce que suggère la publication du Collectif, un processus de dialogue et de collaboration s’est bel et bien engagé entre eux et Infirmiers de rue depuis la première rencontre.
Ces discussions visent à trouver un cadre permettant une occupation temporaire, dans le respect de la réalité et des contraintes de chacun.
Nous regrettons donc que cette communication publique du Colelctif ne donne pas une image fidèle et complète de la dynamique de collaboration qui s’était instaurée ces dernières semaines.
Une nouvelle réunion entre les parties est d’ailleurs prévue la semaine prochaine.
Infirmiers de rue reste attaché à un dialogue respectueux, sérieux et serein et a l’intention de poursuivre les discussions dans cet esprit.
Vous trouverez ci-dessous notre point de vue sur la situation actuelle.
Etat de la situation (21 juin 2026)
Un bâtiment destiné à être utilisé sur le court terme
Depuis le 20 avril, l’immeuble acquis au mois de mars 2026 par Infirmiers de rue à Anderlecht, destiné à accueillir les futurs bureaux de l’association, est occupé par le Collectif des habitants des Cendres.
Il est important de préciser que ce bâtiment est un immeuble de bureaux et n’est pas un immeuble abandonné ou laissé vacant de longue date. Il était encore occupé jusqu’à la fin du mois de décembre 2025 et fait aujourd’hui l’objet d’un projet concret de réaffectation. Des travaux sont prévus à partir de l’automne 2026 afin de permettre l’installation progressive des équipes d’Infirmiers de rue au cours de l’année 2027. Des projets d’occupation temporaire étaient également à l’étude dans l’attente de ces travaux.
Un dialogue maintenu tout en protégeant les intérêts de l’association
Dès le début de l’occupation, Infirmiers de rue a choisi d’agir sur deux plans complémentaires.
D’une part, l’association a pris les mesures nécessaires pour préserver ses droits, ses responsabilités et les intérêts liés à l’immeuble dont elle est devenue copropriétaire. D’autre part, elle a engagé un dialogue avec le Collectif des habitants des Cendres afin de rechercher une solution respectueuse des personnes concernées.
Avec le soutien et la médiation de Bruss’Help et de Vivalis, des échanges réguliers ont lieu afin de définir les modalités les plus adaptées pour gérer cette situation complexe.
L’objectif est de permettre aux personnes qui occupent actuellement le bâtiment de bénéficier d’un répit après plusieurs expulsions successives, tout en préservant l’intégrité du bâtiment et la capacité d’Infirmiers de rue à poursuivre sa mission.
La procédure judiciaire engagée par l’association s’inscrit dans cette logique. La demande visant à obtenir un titre d’expulsion ne constitue pas un choix entre le dialogue et la protection juridique. Pour Infirmiers de rue, ces deux démarches sont nécessaires afin de gérer cette situation exceptionnelle de manière responsable.
Une situation révélatrice d’un problème plus large
Cette situation met en lumière un paradoxe particulièrement révélateur : les futurs bureaux d’une organisation engagée depuis plus de vingt ans dans la lutte contre le sans-abrisme et pour le droit au logement sont aujourd’hui occupés par des personnes qui ne disposent pas d’une solution d’hébergement digne et durable.
Pour Infirmiers de rue, cette réalité illustre avant tout les insuffisances persistantes des politiques de logement, d’accueil et d’accompagnement des personnes en situation de précarité ou d’exil. Elle révèle les conséquences concrètes du manque de solutions accessibles pour les personnes les plus vulnérables.
Des responsabilités multiples à concilier
Face à cette situation complexe, Infirmiers de rue doit concilier plusieurs responsabilités :
- L’association est attentive à la sécurité des personnes présentes dans un bâtiment qui n’est pas conçu pour l’habitation à long terme.
- Elle poursuit également son engagement en faveur de solutions pour les personnes sans abri et les personnes en grande précarité.
- Enfin, elle doit garantir la continuité de ses activités, assurer la bonne gestion de ses ressources et remplir les obligations juridiques liées à son statut de copropriétaire.
Il est également important de rappeler qu’Infirmiers de rue est une association sans but lucratif investie d’une mission d’intérêt général. Elle emploie près de septante collaborateurs, accompagne chaque année plus de 200 personnes sans abri particulièrement vulnérables et est administrée par un conseil d’administration composé de bénévoles.
À ce titre, l’association ne dispose ni des moyens ni de la légitimité pour assumer seule des responsabilités qui relèvent normalement des pouvoirs publics, notamment en matière d’hébergement, de sécurité ou de gestion immobilière. Elle ne peut pas davantage prendre des risques importants susceptibles de compromettre sa mission, ses activités ou la responsabilité de ses administrateurs.
Compte tenu de ces enjeux, Infirmiers de rue a choisi de se faire accompagner par des experts juridiques externes afin de garantir un équilibre entre la poursuite de sa mission sociale, le respect de ses obligations légales et la protection des personnes concernées.
Les concertations se poursuivent activement afin de rechercher une solution respectueuse à la fois des personnes concernées, de la mission de l’association et des responsabilités légales qui lui incombent.
L’urgence de réponses structurelles
Au-delà de cette situation particulière, Infirmiers de rue rappelle que cette tension ne devrait pas exister. Elle est la conséquence directe du manque de solutions structurelles en matière de logement, d’accueil et d’accompagnement des personnes les plus vulnérables.
Dans un contexte où les possibilités d’accueil continuent de se réduire et où les politiques migratoires européennes et fédérales évoluent vers davantage de restrictions, Infirmiers de rue réaffirme la nécessité de mettre en place des réponses ambitieuses et durables.
L’association appelle les autorités compétentes à prendre leurs responsabilités en garantissant un accueil digne ainsi qu’un accès effectif au logement, temporaire ou durable, pour toutes les personnes présentes sur le territoire belge.
Notre engagement
Infirmiers de rue continuera à suivre cette situation avec responsabilité, dans le respect de ses valeurs, de sa mission sociale et des personnes concernées. L’association reste convaincue que seules des solutions structurelles permettront d’éviter que des situations de ce type ne se reproduisent à l’avenir.
Le dialogue avec le Collectif reste en tout cas ouvert.
