Monsieur G.*, c’est un patient qui me touche beaucoup. Entre autres parce qu'il est âgé, il me fait un peu penser à mon grand-père. 

C’est une personne très gentille, très douce. Il nous accueille toujours avec un grand sourire. Il nous dit “Ah mes petits anges gardiens sont là!”. Ce sont des rencontres plus légères qu’à l’accoutumée, où on ne doit pas tout négocier sans arrêt, comme avec certains patients. Enfin, ça dépend des sujets (rires).  

Il a de gros soucis de mémoire, et ça me touche aussi. Il raconte parfois les mêmes choses pendant une heure. Ca peut sembler lassant, mais moi, ça m'attendrit la plupart du temps. Je ne sais pas trop pourquoi. Je n'ai pas les mots exacts. 

C’est un Monsieur avec qui nous devons nous montrer très patients. Il a fait quelques aller-retours entre la rue et différents logements. Mais il y a toujours un lien super fort avec lui. Même si c'est parfois un pas en avant et deux pas en arrière, j’ai l’impression qu’on arrive toujours à avancer et que le lien sera là encore longtemps. 

Il se décrit comme un “SDF de luxe”. Même si avec le Covid ça a été un peu plus difficile. Par exemple, il essaie toujours de bien s'habiller. Il a aussi ses petites habitudes auxquelles il tient: boire son café au même endroit chaque matin, lire son journal et son spirou. Cette routine le “cadre” dans son errance, comme il dit lui-même.

Monsieur G.

Aujourd'hui, on se trouve dans une phase avec des projets concrets, et la sortie de la rue est imminente. Mais ses gros problèmes de mémoire rendent les choses compliquées. Entre autres, pour qu'il se présente à nos rendez-vous. Il est fort dans le déni à ce propos et il minimise beaucoup. En même temps, il accepte qu'on note sur un papier, et il l'accueille bien. Il dit “Oui, c'est bien que je le garde”. Mais ces oublis, ça reste un sujet sensible, car si on le lui rappelle de trop, il s'énerve un peu.

Ses petites habitudes peuvent parfois poser souci. Par exemple, il y a quelques temps, on lui avait trouvé un super appart’, qu'il aimait bien. Mais il y est resté à peine un jour, puis il a préféré retourner dormir là où il avait sa routine avant. Il a donc perdu ce logement. On a dû vider l'appartement pour lui rendre ses affaires en rue, à sa place habituelle. Il n'y a même pas passé une seule nuit...

C’est beaucoup d'investissement, c'est frustrant, mais ça fait partie du boulot. Il n'avait pas réussi à formuler ses besoins particuliers avant cette entrée en logement, malgré nos nombreux entretiens. Il avait beaucoup d'angoisses à l'idée de vivre seul dans un quartier qu'il ne connaissait pas. 

Le point positif, c'est que ça a provoqué un déclic, et qu'on sait mieux ce qui lui convient pour la prochaine fois!

(*) Nous mettons tout en œuvre pour respecter la vie privée de nos patients et notre secret professionnel. Nous voulons néanmoins témoigner de la façon dont ils doivent survivre et de la manière dont nous travaillons ensemble à leur réinsertion. Par conséquent, le nom des lieux et des personnes sont volontairement omis ou modifiés et des situations vécues sont placées dans un autre contexte. Il n’y a pas de lien direct entre les photos et les histoires ci-dessus.

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© P-Y Jortay - Infirmiers de rue 2020