Il y a quelques semaines, je me rendais avec une collègue chez Madame I.* pour la visite hebdomadaire. Elle héberge, depuis à peu près 1 mois maintenant, Mr T.*, un ami qu’elle a connu lorsqu’elle vivait en rue. Monsieur a en effet perdu la clé de son appartement, et n’a pas encore pu effectuer les démarches pour en refaire une nouvelle.
 
Alors que nous arrivons devant l’appartement de Madame I., nous trouvons Monsieur T. allongé, endormi sur le pas de sa porte. Nous le réveillons doucement, et il nous annonce qu’il a passé la nuit là.
 
Monsieur tremble de froid. Nous lui proposons d’aller boire un café ensemble pour se réchauffer, mais il nous explique qu’il ne peut pas se relever, qu’il n’en a pas la force. Nous commençons sérieusement à nous inquiéter pour la santé de Monsieur, et lui prenons donc ses paramètres. Sans pour autant être parfaits, les paramètres ne sont pas particulièrement préoccupants.
 
Toutefois, en lui posant quelques questions, nous constatons que Monsieur est en manque d'alcool, car il n’a plus d‘argent pour s’en acheter. Il doit donc être pris en charge le plus rapidement possible, mais il refuse que nous appelions une ambulance, et nous explique qu’il n’a pas eu de bonnes expériences les fois précédentes.
 
Ma collègue essaie alors de contacter le propriétaire de l’appartement de Monsieur, afin de lancer la procédure pour une nouvelle clé, mais sans succès.
 
Nous tentons encore de le convaincre de nous laisser appeler une ambulance. Il nous raconte, entre temps, que sa mère est morte récemment, et que c’est comme ça que ses problèmes d’alcool ont commencé.
 
Finalement, Monsieur finit par accepter une ambulance. Et heureusement, car une fois arrivés à l’hôpital, les médecins nous annoncent qu’ils suspectent une embolie pulmonaire !
 
Pour l’instant, il est hospitalisé en chirurgie, et devrait être transféré dans le service de psychiatrie pour son sevrage, si toutefois Monsieur l’accepte.
 
(*) Nous mettons tout en œuvre pour respecter la vie privée de nos patients et notre secret professionnel. Nous voulons néanmoins témoigner de la façon dont ils doivent survivre et de la manière dont nous travaillons ensemble à leur réinsertion. Par conséquent, le nom des lieux et des personnes sont volontairement omis ou modifiés et des situations vécues sont placées dans un autre contexte. Il n’y a pas de lien direct entre les photos et les histoires ci-dessus.

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