Le 23 mars 2025, nous perdions notre précieux collègue Pierre Ryckmans, médecin et coordinateur médical.
Un an plus tard, son absence continue de se faire sentir. Elle laisse un vide dans les équipes, dans les habitudes, dans les liens du quotidien. Mais ce vide coexiste avec quelque chose de très présent : ce qu’il a transmis, et qui continue de vivre dans notre travail.
Pierre faisait partie de celles et ceux qui marquent profondément une association. Par sa rigueur, son intelligence et sa vision, bien sûr, mais surtout par sa manière d’habiter le soin : avec exigence, avec respect, avec humanité. Chez lui, il n’y avait jamais de soin sans considération réelle pour la personne, jamais d’accompagnement sans attention au vécu, jamais de réponse simpliste face à des situations complexes.
« Le logement fait partie du traitement ».
Cette phrase résume une grande part de ce qu’il défendait. Pour Pierre, soigner ne se limitait pas à répondre à une urgence ou à traiter un symptôme. Soigner, c’était refuser que des personnes soient condamnées à survivre dans la rue. C’était affirmer que la santé ne peut être pensée sans logement, sans stabilité, sans dignité.
Cette conviction, il ne l’a pas seulement portée en paroles. Il a contribué à structurer notre méthodologie, à renforcer un accompagnement dans la durée, attentif, cohérent et profondément humain. Il avait aussi cette vigilance rare : celle de ne laisser personne disparaître dans les angles morts. Aller rechercher celles et ceux qu’on ne voyait plus, se préoccuper des absences, garder en tête les personnes que l’on oublie trop facilement.
Pierre portait une ambition à la hauteur de ses convictions : mettre fin au sans-abrisme. La taille de l’organisation n’a jamais limité cette vision. Il a su motiver les équipes, convaincre le secteur, interpeller la société et le monde politique. Sous son impulsion, cette mission a été portée avec force — et elle continue de nous guider aujourd’hui.
Son impact le plus profond se mesure peut-être dans les personnes qu’il a accompagnées et dans les collègues qu’il a formé· es. Pendant près de vingt ans, il a croisé la route de nombreuses générations de travailleurs et travailleuses. Pour beaucoup, il a été un mentor, une source d’inspiration, un repère solide, mais aussi quelqu’un avec qui partager des moments simples, de l’humour, de la curiosité, de la vie.
Il faisait confiance. Il encourageait. Il voyait le potentiel là où d’autres auraient vu les limites. Il reconnaissait l’engagement, même dans des conditions difficiles. Et cela a profondément marqué celles et ceux qui ont travaillé à ses côtés.
Avec les patient· es, cette posture était tout aussi forte. Il croyait en elles et en eux. Il ne les réduisait jamais à leur situation. Il leur portait une réelle admiration et une forme de gratitude, convaincu qu’ils nous rappelaient, jour après jour, qu’un changement est possible.
Sa disparition a traversé toute l’année. Les équipes ont continué à avancer, en traversant ce deuil, en retrouvant progressivement un équilibre. Mais certaines présences ne disparaissent pas. Elles se transforment.
Elles restent dans une phrase qui revient.
Dans une exigence que l’on garde.
Dans une attention aux personnes qui continue de nous guider.
Dans une manière de faire équipe, plus consciente encore de ce qui compte vraiment.
Aujourd’hui, nous voulons lui rendre hommage avec émotion, gratitude et respect.
Parce qu’une part de ce que nous sommes, collectivement, lui doit beaucoup.
Parce que son engagement continue de vivre dans nos pratiques, dans nos combats et dans notre manière de rester fidèles au lien.
Et parce qu’au-delà de l’absence, il reste ce qu’il a transmis :
une exigence de dignité, une attention profonde aux personnes, et la conviction qu’il ne faut jamais cesser de croire qu’un changement est possible.
