Au cœur du mois de juillet, la chaleur est écrasante. Les températures dépassent les 37 degrés et, sur le terrain, chaque maraude devient une course contre les risques liés à la canicule. Dans ces périodes extrêmes, l’équipe adapte ses priorités : aller vers les personnes les plus vulnérables, celles qui, à cause de leur état de santé physique ou psychique, ne parviennent plus à se protéger elles-mêmes.
C’est dans ce contexte que nous décidons de rendre visite à Monsieur L.*, suivi par Infirmiers de rue depuis cinq ans. Depuis huit mois, il est à nouveau sans-abri. La perte de son logement, directement liée à la dégradation de sa santé mentale, l’a replongé dans la rue, exposé au danger permanent.
Une situation alarmante sous 37 degrés
Lorsque nous le retrouvons, la situation est alarmante. Sous une chaleur suffocante, Monsieur porte plusieurs couches de vêtements épaisses. Il semble totalement coupé du réel, prisonnier d’hallucinations qui l’isolent du monde extérieur. D’ordinaire, même dans ses épisodes délirants, un échange reste possible. Mais ce jour-là, son état psychique, combiné à l’épuisement provoqué par la chaleur, rend tout contact extrêmement difficile.
Très vite, une question nous traverse : sommes-nous face à son état habituel ou à une décompensation aiguë mettant sa vie en danger ? Sur le terrain, dans l’urgence, cette nuance est essentielle. Une mauvaise interprétation peut soit provoquer une rupture du lien de confiance construit depuis des années, soit nous faire passer à côté d’une situation critique.
Un regard expert au cœur de l’urgence
C’est à ce moment que nous appelons Manon, notre psychologue.
En quelques minutes seulement, son intervention change complètement la situation. À distance, elle nous aide à poser un regard plus clair sur ce que nous observons. Elle écoute attentivement nos descriptions, nous aide à distinguer les signes habituels de Monsieur de ceux qui doivent réellement nous alerter, et surtout, elle nous guide sur la manière d’entrer en relation avec lui sans augmenter son angoisse.
Grâce à son expertise, nous adaptons immédiatement notre posture : le ton de voix, le choix des mots, la distance physique, les gestes. Peu à peu, Monsieur s’apaise. Il accepte finalement de retirer une partie de ses vêtements et de boire de l’eau.
Comprendre, évaluer et agir avec justesse
Ce jour-là, l’intervention de la psychologue a été déterminante. Pas seulement comme un soutien théorique, mais comme un véritable appui opérationnel au cœur de l’urgence. Dans des situations où quelques minutes peuvent faire basculer une trajectoire, son expertise permet aux équipes de comprendre, d’évaluer et d’agir avec justesse.
Sur le terrain, la présence d’une psychologue ne se limite pas à rencontrer les patient.es : elle soutient aussi les travailleurs face à des situations humaines complexes, où la frontière entre crise psychique, danger physique et maintien du lien est parfois extrêmement fine. Et dans certains moments critiques, cette expertise peut littéralement faire la différence.
Témoignage de Cloé, infirmière en rue
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(*) Nous mettons tout en œuvre pour respecter la vie privée de nos patient·es et notre secret professionnel. Nous voulons néanmoins témoigner de la façon dont ils doivent survivre et de la manière dont nous travaillons ensemble à leur réinsertion. Par conséquent, le nom des lieux et des personnes sont volontairement omis ou modifiés et des situations vécues sont placées dans un autre contexte. Il n’y a pas de lien direct entre les photos et les histoires ci-dessus.
