C’est en hommage à Monsieur F., cet homme au parcours remarquable et au regard intelligent et malicieux, que nous écrivons cette tranche de vie. Nous voulons mettre en lumière son histoire, mais aussi ce qu’il aurait pu être s’il avait obtenu l’asile.

De toute façon, il n’avait pas besoin d’aide

C’est dans une gare de Bruxelles que l’équipe d’Infirmiers de rue a rencontré Monsieur F.Il était très lucide à propos de sa situation précaire. Et il comptait bien se débrouiller tout seul.

D’ailleurs, il se jouait de nous. Il restait très secret, ne serait-ce que sur son vrai nom : celui-ci variait à chaque occasion !

Par moments, Monsieur F. se laissait complètement aller. Qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige, il ne bougeait plus pendant des jours. L’équipe d’Infirmiers de rue a reçu beaucoup d’appels de la part de citoyen·nes qui s’inquiétaient pour lui.

Il se retrouvait alors hospitalisé d’urgence en psychiatrie. Seules les activités créatives lui plaisaient. Mandalas, mosaïques… Il se sentait mieux. Mais une fois de retour dans la rue, son état se dégradait à nouveau. À chaque fois.

Un chercheur en biologie… sans-abri et sans papiers

Un jour, Monsieur F. a demandé à se connecter sur son compte Facebook via un de nos smartphones. C’est comme cela que nous avons appris sa vraie identité !

Avant que la guerre n’éclate dans son pays, il était chercheur en biologie renommé. Il avait même publié un livre !

Nous ne connaissons pas les raisons de son exil mais nous savons qu’il s’est rendu en Allemagne, y a demandé l’asile, sans succès. En Belgique, le système européen l’empêchait de demander une protection internationale. Il est alors devenu « sans-papiers » et « sans-abri ».

Reposez en paix, Monsieur F.

Chez Infirmiers de rue, nous sommes persuadé·es que les situations extrêmes vécues par nos patient·es sont évitables.

Monsieur F. est décédé il y a peu, à l’hôpital.

Et s’il avait obtenu l’asile en Allemagne ? Peut-être aurait-il pu travailler en Allemagne et contribuer à la société ? Aurait-il pu faire valoriser son diplôme et son expertise en Europe ?  Il aurait pu se faire des ami·es, fonder une famille, construire une nouvelle vie ?

C’est injuste. Et nous en sommes attristé·es.

En mémoire de Monsieur F., et en soutien aux autres patient·es migrantes « sans-papiers », nous prônons que dans certaines situations, la régularisation du titre de séjour est une mesure qui sauve la vie, et qu’elle doit être considérée comme telle.

D’après le témoignage de Sarah, Infirmière de rue.