Depuis 2018, nous accompagnons Madame T., une dame de 54 ans, suite au signalement d'un citoyen bienveillant.

Madame a été suivie en rue simultanément par plusieurs organisations du secteur. Mais les liens avec ce réseau sont devenus de plus en plus compliqués, jusqu'à la rupture complète. Cela faisait partie d'une des stratégies d'adaptation de Madame à sa nouvelle vie en rue...

C'est à ce moment-là que nous avons pris le relais, avec nos collègues de l'équipe mobile « 107 précarité ». Des visites hebdomadaires, parfois en équipe mixte, ont permis de créer un lien de confiance avec elle..

Mais sa situation précaire et sa consommation d'alcool ont malheureusement, petit à petit, eu raison de son autonomie.

Madame est devenue de plus en plus immobile, bloquée dans un petit coin de la gare. Les démarches sont devenues compliquées à organiser et le lien se détériorait, madame devenant au fil du temps pessimiste quant à notre suivi.

Un vendredi, quelqu'un lui a volé ses bouteilles d'alcool. A cause de sa mobilité réduite, elle n'a pas pu se déplacer pour en acheter d'autres. Son réseau étant absent le week-end, nous l'avons retrouvée le lundi en pleine crise de sevrage. Nous avons alors pris la décision, avec elle, d'appeler l'ambulance.

Une hospitalisation d'urgence lui a permis de continuer ce sevrage, encadré par une équipe médicale.

De plus, elle a pu profiter de soins d'hygiène quotidiens, d'une alimentation et d'une médication adaptées. Avec l'équipe "107 précarité", nous lui avons rendu visite, régulièrement pour lui témoigner notre soutien dans cette période de changements et de renouveau.

Ces visites ont aussi été l'occasion de négocier, avec le service hospitalier, une prolongation de son hospitalisation, afin d'avoir du temps pour trouver une solution de logement, et d'éviter un retour en rue.

Cependant, malgré les efforts de Madame et de toutes les équipes autour de lui, elle a fini par retourner dans « sa gare », de manière volontaire.
Nous ne l'avons pas lâchée pour autant ! A l'occasion d'un soin de pied, très abîmé par ses pathologies chroniques et sa mobilité réduite, nous lui avons fait part de nos inquiétudes concernant sa santé physique, et avons réussi à aborder le sujet d'une maison de repos, accessible grâce au partenariat avec le projet Montessori.

Une visite de la résidence s'est alors organisée. Madame s'y est beaucoup plu et a pu se projeter dans le futur.

Le jour de son emménagement, un moment bien-être organisé par les équipes d'Infirmiers de rue, de « 107 précarité », et des employé·es de la résidence, a permis de créer une arrivée sereine dans ce nouvel environnement.

Aujourd'hui, madame T. continue de recevoir nos visites et celles de "107 précarité", en collaboration avec le pôle logement d'Infirmiers de rue, qui reprendra le suivi complet par la suite.

  •  Yasmine, infirmière de rue

 

(*) Nous mettons tout en œuvre pour respecter la vie privée de nos patient·es et notre secret professionnel. Nous voulons néanmoins témoigner de la façon dont ils·elles doivent survivre et de la manière dont nous travaillons ensemble à leur réinsertion. Par conséquent, le nom des lieux et des personnes sont volontairement omis ou modifiés et des situations vécues sont placées dans un autre contexte. Il n’y a pas de lien direct entre les photos et les histoires ci-dessus.