Prévenir les risques
Ce matin, l’air est déjà lourd en arrivant au bureau. Il fait presque 30 degrés.
En équipe, nous faisons le point sur les patient·es à aller voir en priorité : celles et ceux qui ne pensent pas toujours à s’hydrater, à se mettre à l’ombre, ou qui n’ont tout simplement pas d’endroit où se protéger.
Dans nos sacs, en plus du matériel habituel de soin, nous glissons des casquettes, des bouteilles d’eau et de la crème solaire à distribuer.
Nous voilà parties, en binôme, vers un quartier où nous croisons souvent des personnes sans-abri.
Il est difficile de quitter la fraîcheur des couloirs du métro pour marcher sous la canicule. Mais depuis la fin du plan hiver, le service de sécurité interdit aux personnes de s’y reposer. Nous savons donc qu’il faudra s’éloigner si nous voulons rencontrer des patient·es aujourd’hui.
Soudain, au coin d’une rue, en plein soleil, nous apercevons un jeune homme au sol, recouvert de plusieurs couvertures.
Nous nous approchons doucement et lui demandons comment il va avec cette chaleur. Il parle peu. Qu’importe. Nous nous présentons, glissons quelques mots de prévention sur l’hydratation et les risques liés à la chaleur, puis lui proposons de s’installer de l’autre côté de la rue, à l’ombre.
Nous lui donnons une casquette. Puis nous le laissons tranquille.
Travailler dans la non-demande : proposer sans imposer, au rythme de la personne
Travailler dans la non-demande, c’est accepter que l’aide ne soit pas toujours attendue, ni même souhaitée au moment où elle est proposée.
Ce n’est pas simple. Il faut de la douceur, de la patience, et surtout savoir avancer au rythme de l’autre.
Proposer sans imposer. Être présent sans envahir. Revenir, parfois, sans rien attendre.
Nous reprenons notre maraude dans le quartier. Nous nous arrêtons ici pour saluer des visages connus, là pour offrir quelque chose à boire, plus loin pour faire une pause dans un accueil de jour.
En fin de matinée, le sac presque vide et quelques orientations faites, nous rebroussons chemin.
C’est alors que, dans la ruelle qui nous ramène vers le métro, nous revoyons le jeune homme du matin.
Il est à l’ombre. Les couvertures ont disparu. Et sur sa tête : la casquette.
En passant, il nous salue d’un signe discret.
Une brèche minuscule, mais réelle.
Quand chaque geste compte : eau, ombre et lien peuvent devenir une urgence vitale
Avec les personnes les plus exclues, celles qui semblent parfois rejeter l’aide ou fuir le regard, c’est souvent dans ces instants presque anodins que quelque chose s’ouvre.
Car en période de canicule, une casquette, une bouteille d’eau ou quelques mètres d’ombre ne sont jamais de “petits gestes”. Pour une personne qui vit dehors, ils peuvent être une protection, un répit, parfois même une urgence vitale.
Et c’est aussi cela, notre travail : être là avant que la chaleur ne devienne un danger, et faire exister, au cœur de la ville brûlante, un peu d’attention, de lien et d’abri.
Marie, infirmière dans le pôle rue
