Aujourd'hui, j'ai envie de vous parler de Mme A. que nous suivons depuis tout juste un an avec l'équipe rue. Mme est en rue depuis des années et commence à avoir un certain âge. Elle est de plus en plus confrontée à des troubles de la mémoire, qui compliquent encore un peu plus son quotidien. Cela rend parfois les échanges confus et il n'est pas toujours simple de savoir quelle est la meilleure manière de l'aider. À cela s'ajoutent de vieilles blessures, des événements du passé qui reviennent régulièrement et semblent la maintenir figée dans une histoire dont il est difficile de s'extraire.

Durant un an, nous avons exploré plusieurs pistes pour l'aider : que ce soit au niveau de la santé, du social, de la mise à l'abri, ou juste du quotidien en rue. Tout cela a servi à créer le lien avec Mme mais nous n'avons pas réussi à débloquer sa situation au niveau de sa carte de banque : Mme a un revenu, mais n'y a pas accès, car elle a un blocage par rapport à la banque. Mme se dégrade de semaines en semaines car elle ne mange pas à sa fin, ne peut se faire aucun plaisir et le moral baisse.

Après plusieurs semaines de réflexions, en équipe et avec le réseau, en pesant bien les pour et les contre, nous décidons de parler à Mme de mise sous administration de biens. L'objectif est concret : lui permettre de retrouver un accès à ses ressources financières, notamment en débloquant la situation autour de sa carte bancaire. Cette démarche a été menée en toute transparence, en prenant le temps d'expliquer nos inquiétudes, nos arguments et les bénéfices que nous espérons pour elle.

Nous avons alors introduit la demande et un juge de paix est venu rencontrer Mme est nous a suivi dans la démarche. Un avocat a été désigné, et celui-ci est également venu rencontrer Mme en rue. Les premiers échanges étaient plutôt méfiants et la tension était palpable. Puis, progressivement, l'atmosphère s'est détendue. En quittant la rencontre, l'ambiance était détendue et Mme a observé le vélo de l'avocat, l'a soupesé avec curiosité et a lancé, un sourire en coin : « Il est en carbone ? »

Un instant léger, presque anodin, mais qui disait beaucoup. Aujourd'hui, Mme accepte qu'il revienne la voir qu'ils aillent ensemble à la banque. Une petite avancée, qui laisse entrevoir la possibilité de construire, pas à pas, une relation de confiance.

Une belle leçon qui rappelle qu'avancer à petit pas, tous ensemble et dans la transparence : ça fonctionne !

 

- Tranche de vie de Margaux, assistante sociale en rue 

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(*) Nous mettons tout en œuvre pour respecter la vie privée de nos patient·es et notre secret professionnel. Nous voulons néanmoins témoigner de la façon dont ils doivent survivre et de la manière dont nous travaillons ensemble à leur réinsertion. Par conséquent, le nom des lieux et des personnes sont volontairement omis ou modifiés et des situations vécues sont placées dans un autre contexte. Il n’y a pas de lien direct entre les photos et les histoires ci-dessus.