Aujourd’hui, j’ai envie de vous partager une tranche de vie pleine d’espoir. Celle-ci concerne Monsieur V., âgé d’une quarantaine d’années. Il était très connu dans son quartier de Bruxelles. Cela faisait des années qu’il vivait dans ces rues, mais beaucoup de riverains et commerçants le connaissaient avant cela, certains ont même partagé les bancs d’école avec lui.  « Il ne veut pas de logement. Il veut rester en rue. », nous disait-on.

À première vue, la situation de Monsieur V. était critique. Son état de santé général n’était pas bon, et il cumulait pas mal de problèmes au niveau de sa santé physique et mentale.

Quand on a décidé de l’aborder, il était difficile de communiquer avec lui. Il restait très gentil et poli, mais pas très bavard. Souvent, il nous fuyait et nous disait avoir besoin de rien.

Petit à petit, il a commencé à nous reconnaître, et à nous saluer.

Nous avons pu passer à l’étape suivante : lui parler d’hygiène, de l’importance de prendre soin de lui. Une douche ? « Non ! » Une bassine, alors ? « Non plus ! » Une lingette ? « Bon, si vous insistez. »

Jusqu’au jour où… Il était partant pour une douche !

Nous sommes allées avec lui dans un centre d’hygiène et de soin où nous avons l’habitude de nous rendre avec nos patient·es. Après cela, un vrai lien s’est créé entre lui et nous.

C’était un moment positif pour lui, mais la vie en rue reste difficile. Avec en moyenne quatre heures de sommeil par nuit, Monsieur V. était fatigué. Du coup, nous l’avons orienté vers un espace de jour, où il pouvait profiter de l’espace sieste ou prendre un petit café. Cet endroit est devenu une ressource pour lui.

Ce qui nous a amené à aborder la question du logement.

Il a commencé à verbaliser qu’il voulait un petit studio rien qu’à lui. Mais pas n’importe où ! Dans le quartier où nous l’avons rencontré, où il est implanté. Celui où il a tous ses repères depuis des années.

Quelle fût notre chance quand un logement s’est libéré pour lui, dans ce quartier ! Nous lui avons proposé et il a accepté de visiter l’endroit. Cette étape était assez stressante pour lui mais il a accepté de tenter l’expérience avec nous.

Cela fait quelques mois qu’il y habite. Il s’y sent bien, et plus reposé même si la stabilisation en logement prendra encore du temps.

Comme quoi, parfois, il suffit de quelques petits pas pour arriver à de grandes choses.

  • Eva, infirmière de rue

(*) Nous mettons tout en œuvre pour respecter la vie privée de nos patient·es et notre secret professionnel. Nous voulons néanmoins témoigner de la façon dont ils·elles doivent survivre et de la manière dont nous travaillons ensemble à leur réinsertion. Par conséquent, le nom des lieux et des personnes sont volontairement omis ou modifiés et des situations vécues sont placées dans un autre contexte. Il n’y a pas de lien direct entre les photos et les histoires ci-dessus.