L’accès à un logement, pour une personne ayant vécu longtemps en rue, représente une étape à la fois profondément espérée et fortement déstabilisante. Comme nous le rappelait souvent notre collègue médecin Pierre, décédé en mars 2025, emménager fait partie des épreuves les plus stressantes de notre existence.
 

Emménager après la rue : s’installer, s’approprier le logement et apaiser l’angoisse

Dans notre travail en Housing First, nous constatons combien l’arrivée dans un logement peut être source d’angoisse. Nous mettons donc tout en œuvre pour que la personne puisse s’y sentir bien et s’approprier son nouvel espace de vie. Grâce au service d’installation en logement (SIL), les personnes peuvent choisir leurs meubles, leur décoration et les éléments essentiels afin de s’installer dans les meilleures conditions possibles. Mais au fil du temps, nous avons observé que le bien-être dans le logement ne dépend pas uniquement de l’aménagement matériel. L’un des éléments essentiels est la possibilité de s’appuyer sur un réseau de proximité solide. Parmi les acteurs clés de ce réseau figurent les aides familiales et les aides ménagères, dont le rôle est souvent sous-estimé.

 

Aides familiales, aides ménagères, CPAS : un réseau de proximité pour l’autonomie, le lien social et la dignité

Nous collaborons étroitement avec les services des CPAS ainsi qu’avec des structures privées. Leur intervention est multiple et précieuse : entretien du logement, accompagnement pour les courses, préparation des repas, soutien dans les démarches administratives. Toutefois, leur rôle dépasse largement l’aspect pratique. Par leur présence régulière et rassurante, elles favorisent le maintien du lien social, préviennent l’isolement et contribuent à redonner une structure au quotidien. Ces services soutiennent l’autonomie, favorisent le maintien à domicile et participent activement à la restauration d’un sentiment de dignité.

C’est pourquoi nous essayons d’être présents lors des premières rencontres : afin de faciliter le lien, d’introduire la relation et de transmettre des repères adaptés à notre public, qui nécessite souvent une attention particulière. Tout au long de l’accompagnement, nous restons en lien étroit avec ces structures et menons un véritable travail de collaboration. Qu’il s’agisse de refaire une carte d’identité, de préparer une rencontre avec un bailleur ou de mettre en lien un administrateur de biens pour permettre à l’aide familiale d’accompagner la personne lors de courses, ces démarches se construisent ensemble. Nos patient·es expriment d’ailleurs une grande reconnaissance pour le soutien reçu et se réjouissent de ces moments partagés.

Cet été, Monsieur S. attendait avec impatience d’aller faire ses courses alimentaires avec son aide, d’acheter une pastèque et de préparer des repas pour le week-end. Monsieur J., quant à lui, a longtemps éprouvé des difficultés à sortir de chez lui ; grâce à l’accompagnement de ses aides familiales, cela lui est aujourd’hui devenu plus accessible.
 

Des services menacés : préserver le réseau de proximité pour éviter l’isolement et sécuriser le maintien en logement

Pourtant, ces services sont actuellement menacés de disparition ou de fortes restrictions au sein des CPAS. Ce serait une perte immense. Car derrière chaque ménage effectué, chaque repas préparé ou chaque démarche accomplie, il y a bien plus qu’un service rendu : il y a la possibilité, pour nos patient·es, de continuer à vivre chez eux, de rester ancrés dans leur quartier et de se projeter vers un avenir plus digne.

Louise, infirmière dans le pôle logement

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