En Belgique comme ailleurs en Europe, les droits fondamentaux des personnes migrantes sont aujourd’hui sous pression. Le 8 décembre 2025, les 27 États membres de l’UE ont conclu un accord durcissant fortement les politiques de retour des personnes sans papiers, en facilitant la détention, l’expulsion et l’externalisation des renvois vers des pays tiers, une orientation vivement dénoncée par de nombreuses ONG pour ses atteintes aux droits humains.

Derrière les mots “contrôle”, “gestion des flux” ou “responsabilité budgétaire”, ce sont des vies concrètes qui basculent : accès au logement, aux soins de santé, à la protection. À l’occasion de la Journée internationale des personnes migrantes, Infirmiers de rue souhaite rappeler une évidence trop souvent oubliée : la migration n’est pas un problème à résoudre, mais une réalité humaine à accueillir avec dignité.

Les politiques actuelles, en se durcissant, fragilisent celles et ceux qui sont déjà les plus exposés, et repoussent hors du champ social des milliers de personnes qui n’ont accès à aucun autre filet de protection.

 

Le contexte belge : un virage politique lourd de conséquences

En janvier 2025, la coalition fédérale dite “Arizona” a pris ses fonctions. Son programme vise à réduire le déficit public en réformant, entre autres, la politique migratoire. Derrière les annonces techniques, c’est un changement de cadre qui se dessine : davantage de contrôles, davantage de détention, durcissement des conditions du regroupement familial, moins d’accès à l’accueil et aux services essentiels.

À partir de juin 2025, des contrôles internes renforcés seront déployés dans les aires d’autoroute, les bus internationaux, certains trains et vols intra-Schengen. L’objectif affiché est de lutter contre les séjours irréguliers. Dans les faits, ces mesures entraîneront une augmentation des arrestations, des détentions administratives et des procédures d’éloignement. La capacité des centres fermés, qui s’élevait à 635 places en 2023, devrait atteindre 1 145 places d’ici 2030.

Ce glissement vers davantage d’enfermement n’est pas neutre : il transforme profondément la manière dont la Belgique traite les personnes les plus fragilisées.

 

Le terrain sanitaire et social : une invisibilisation accrue

Ces orientations politiques ont un effet direct sur la santé publique. Lorsque les contrôles se renforcent, les personnes sans papiers ou en situation précaire évitent les structures d’aide par peur d’être arrêtées. Cela signifie moins de contacts avec les services sociaux et de santé, plus de ruptures de suivi, davantage de nuits passées dehors et une aggravation rapide des situations médicales.

Les équipes de rue rencontrent déjà des personnes qui renoncent à l’aide, au moindre soin, à l’accès aux services d’hébergement. Le droit à l’aide médicale urgente, pourtant garanti par la législation belge et européenne, devient plus difficile à exercer lorsque les personnes disparaissent volontairement des radars.

Invisibiliser une population n’en réduit ni les besoins ni les souffrances : cela les déplace vers des zones où l’intervention devient plus complexe et plus coûteuse humainement.

 

Notre travail de plaidoyer

 

L’accueil des demandeurs d’asile : une exclusion structurée

À partir d’août 2025, Fedasil ne prendra plus en charge les demandeurs d’asile ayant déjà introduit une demande dans un autre État membre de l’Union européenne. En 2024, 39 615 demandes d’asile ont été enregistrées en Belgique, une hausse de 11,6 % par rapport à l’année précédente.

Parmi ces personnes, environ 400 à 500 par mois avaient déjà été enregistrées dans un autre pays européen. Cela représente entre 4 800 et 6 000 personnes par an qui pourraient être exclues du réseau d’accueil.

Cette mesure intervient dans un contexte où le réseau Fedasil est déjà saturé, et où l’État et Fedasil ont déjà été condamnés plus de 10.000 fois ces trois dernières années pour non-respect du droit à l’accueil.

Elle risque d’accroître la présence de personnes à la rue, de surcharger les dispositifs d’urgence, de renforcer les violations du droit à l’accueil dénoncées à plusieurs reprises par la Cour européenne des droits de l'homme, et de reporter la charge sur les communes, les CPAS et les associations de terrain.

Le coût humain sera immense, et le coût social le suivra inévitablement.

 

Migration : une réalité humaine, pas une menace

Pour Infirmiers de rue, la migration est un fait social et humain structurel, largement lié à des facteurs tels que les conflits armés, les régimes autoritaires ou encore le dérèglement climatique.

Ce ne sont pas les personnes migrantes qui créent la crise : ce sont les politiques qui, en rendant l’accès aux droits plus difficile, multiplient la précarité et la souffrance. La réponse ne peut pas reposer uniquement sur le contrôle ou la dissuasion. Elle doit se construire autour de la dignité, de l’accès aux soins, de la protection et de l’accompagnement.

 

À l’occasion de cette journée, un appel clair

En cette Journée internationale des personnes migrantes, nous appelons à une politique qui reconnaît la migration comme une réalité humaine incontournable, et non comme une menace à contenir.

Les décisions prises aujourd’hui façonneront la manière dont notre société protégera — ou abandonnera — les plus vulnérables. Nous pouvons choisir des politiques qui ferment, contrôlent et excluent. Ou nous pouvons choisir des politiques qui protègent, soignent et accompagnent.

Chez Infirmiers de rue, notre choix est clair.

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